GENEALOGIE DE LA FAMILLE DE BIGAULT
LOUIS DE BIGAULT DE SIGNEMONT
L'Histoire a étudié la plupart des acteurs du Drame de Varennes. La Famille Royale, de Fersen, Drouet, le maître de Poste, Sauce, le procureur-syndic,le Général Marquis de Bouillé, qui devait escorter Louis XVI de Varennes à Montmédy, ont été le sujet d'intéressantes études pour des historiens de talents. Un de ces acteurs, et non des moindres, est resté dans l'oubli : c'est le Maréchal de Camp Louis de Bigault de Signemont, Commandant des Gardes Nationaux dans cette mémorable journée. Totalement oublié par Alexandre Dumas (La Route de Varennes), et plusieurs autres, tout au plus son nom est-il cité par Lenotre (Le drame de Varennes); seul l'Abbé Gabriel, dans son remarquable ouvrage sur Louis XVI, "le Marquis de Bouillé et Varennes", nous donne de très intéressants détails sur le rôle qu'il joua à Varennes.
 
Cet ouvrage, puis des documents puisés à différentes sources, et principalement aux archives du Ministère de la Guerre, nous permettront de le faire connaître, non seulement dans l'affaire de Varennes, mais encore dans toute sa vie et surtout dans sa carrière militaire.
Louis de Bigault, écuyer, Sieur de Signémont, naquit à La Chalade, ou plutôt au Claon, à ce moment dépendance de La Chalade, le 18 avril 1732. Il était le fils de Nicolas de Bigault, écuyer, seigneur de Signémont, et de Marie du Houx. Il appartenait à une vieille famille noble verrière qui, dès le XIIIème siècle, vint du Berry pour se fixer dans l'Argonne et contribua pour une large part à la prospérité du pays avec quelques autres familles de Gentilshommes verriers. Plus importante que les autres, la Famille de Bigault se divisa en un certain nombre de rameaux dont plusieurs comptent encore aujourd'hui de nombreux représentants s'adonnant pour la plupart à l'industrie du Verre.
 
C'est ainsi que Louis de Bigault, Sieur de Signémont, comptait de nombreux Verriers parmi ses ascendants et fut sans doute lui-même pendant quelque temps gentilhomme verrier. Son père, Nicolas de Bigault, seigneur de Signémont, maintenu dans sa noblesse par un arrêt de la cour des Aides en date du 30 novembre 1746, souffla la bouteille au Claon d'abord, ensuite à Lochères, écart d'Aubréville, après son second mariage avec Françoise Eberhard. Son grand-père, Charles de Bigault, écuyer, Seigneur de Signémont, tout en gardant ses privilèges de noblesse, dut aussi, comme ses aïeux et parents, exercer la même profession à Lochères.
 
Les familles nobles verrières et en particulier la famille de Bigault, eurent de nombreux représentants dans l'armée au XVIIIème siècle, et beaucoup y conquirent des grades élevés. Louis de Bigault fut le premier de la branche de Signémont à suivre cet exemple. Une brève énumération de ses états de service nous permettra de le suivre dans différentes étapes de sa carrière.
 
En 1746, il était cadet au régiment d'infanterie de Chartres. Il fut successivement lieutenant en second le 27 mai et lieutenant en premier le 28 novembre 1746. Nommé Capitaine le 1er septembre 1756, il fut réformé en 1763. Le 1er juin de cette même année, ayant réussi à se faire réintégrer, il rentre dans l'armée avec le grade Capitaine, qu'il conserve jusqu'au 4 juin 1776, date où il est nommé Capitaine-Commandant. Le 8 avril 1779, il devient lieutenant-colonel des Grenadiers Royaux de la Lorraine, poste qu'il occupe jusqu'au jour où il dut se retirer du service. En effet le 31 mars 1791 en vertu d'un décret qui interdisait les commandements militaires à des hommes âgés de plus de 50 ans, il fut mis en réforme et nommé Maréchal de Camp pour retraite.
 
Ces différents grades nous sembleraient gagnés assez rapidement si nous n'avions pas en regard les actions qui paraissent les avoir mérités. Les voici au moins telles qu'elles nous sont connues par un mémoire rédigé par lui. A l'époque de cette première retraite, le Général de Signémont comptait neuf campagnes de guerre sur terre, trois en Flandres, six en Allemagne et une sur mer. Il était en effet, probablement en 1778, au combat, d'Ouessant, sur le vaisseau "Saint-Esprit", commandé par le duc D'Orléans. Il assista à trois sièges : celui de la citadelle d'Anvers, celui de Maëstricht, en 1748, celui de Berg-op-Zoom, en 1747. A ce siège célèbre, où la ville fut prise par les Français sous les ordres du Maréchal de Lowendal, de Signémont conduisit à l'assaut les travailleurs du régiment de Chartres. Il prit part à 7 batailles où ce même régiment eut des pertes sensibles. En 1758, il fut blessé au genou à la bataille de Crevelt. Il avait entre-temps été nommé Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, sans que nous sachions la date de sa nomination.
L'AFFAIRE DE VARENNES - SES SUITES POUR LE GENERAL
Louis de Bigault de Signémont fut donc mis à la retraite à la veille des évènements de la Révolution et nous verrons qu'il y prit sa part. Il aurait bien voulu rester dans l'armée où il espérait les plus hauts grades et où sa vaillance l'aurait certainement favorisé dans les guerres qui suivirent. Dans sa retraite de Neuvilly, il suivait les évènements et cherchait une occasion de reparaître et de satisfaire son ambition. Cette occasion ne se fit pas attendre. Imbu des idées du jour qui pouvait le servir, il s'empressa d'organiser la première garde nationale, se fit ensuite nommer commandant général de tous les gardes nationaux du département de la Meuse, délégué aux fédérations de Bar, de Nancy et de Paris au 14 juillet.
 
Aussi quand le 21 juin 1791, le roi fut arrêté à Varennes, et que les gardes nationaux de tous les villages environnants se furent portés dans la petite cité, de Signémont n'eut pas de difficulté à faire reconnaître son autorité. Nous le voyons empressé autour de la maison où le roi était descendu, intervenant à tout propos et faisant parade de son commandement. Il faut lire ici le récit de l'Abbé Gabriel. C'est au moment où le capitaine d'Eslon, commandant les Hussards, demande à entrer en ville pour rendre ses hommages au roi et se dirige seul vers le poste des gardes nationaux :
 
"Le sieur de Signémont, commandant de la garde nationale, immédiatement appelé, lui accorde cette autorisation, et même lui donne sa parole d'honneur qu'il pourra parler au roi seul et sans témoin.
 
Ce Monsieur de Signémont était un ancien lieutenant colonel, décoré de la Croix de Saint Louis. Au premier bruit de l'arrestation du roi à Varennes, il y était accouru du village de Neuvilly, sa résidence. Son haut grade dans l'armée et son zèle patriotique lui avaient immédiatement fait attribuer par la foule le commandement général de toutes les gardes nationales et la direction des mesures militaires prises contre le roi. Il avait accepté ce rôle d'ingrat, quoique son titre de chevalier de Saint-Louis lui fit un devoir de se ranger, en cette circonstance, plutôt parmi les défenseurs que parmi les ennemis de son souverain.
 
Aussi le Capitaine d'Eslon, ne se fiant point à la parole de cet homme, qu'il appelle dans sa relation un infâme traître, exige en outre, pour sa sûreté personnelle, qu'il soit remis en otage aux mains de ses hussards un garde national dont la liberté et la vie répondront de sa vie ou de sa liberté.
 
Après une demi-heure d'attente, il peut enfin pénétrer jusqu'à la chambre royale. Louis XVI l'accueille avec effusion, les officiers avec chaleur : c'est l'avant-garde du général de Bouillé : c'est le commencement de la délivrance !. "Le sieur de Signémont qui l'avait accompagné jusque là, aussi peu délicat sur sa parole d'honneur que sur le serment de fidélité qu'il avait fait au Roi, se présente en même temps que lui devant sa Majesté." Rudement apostrophé par le capitaine de ses hussards, il lui répond insolemment : "La nation ne veut pas que vous parliez seul au roi". Pourtant, il se retire à l'écart et Mr D'Eslon peut entretenir Louis XVI, sans ce témoin dangereux."
Quand le retour du roi fut décidé, le général de Signémont prit le commandement des gardes nationaux qui devaient l'escorter une partie du chemin et accompagna la voiture jusqu'à Sainte-Ménéhould où l'on arriva vers une heure et demie. Là, il quitta le commandement de l'escorte et le remit aux mains de Bayon, commandant de la garde nationale parisienne. C'est pendant ce trajet que se passa l'incident rapporté par l'Abbé Gabriel : "Au milieu de la foule qu'il dominait de la hauteur de son cheval, un homme allait, venait, formait les rangs des gardes nationaux et donnait des ordres de tous cotés. C'était Monsieur de Signémont "que l'on venait de nommer pour commander l'escorte et diriger la marche" (Second procès-verbal de la municipalité de Varennes). "Sur sa poitrine brillait la croix de Chevalier de Saint-Louis : cette croix attira les regards de Madame Elisabeth qui, la montrant au roi, lui dit avec une expression de pitié indignée : Voilà, mon frère, un homme auquel vous donnez du pain !". (Paroles recueillies par l'Abbé Gabriel à Varennes et à Neuvilly)

De tout ce qui vient d'être rapporté, il semble que Louis de Bigault de Signémont eut un rôle plutôt effacé dans l'arrestation de Louis XVI. C'est ce qui explique le silence des historiens à son égard. Il dut aussi être assez oublié dans les rapports qui furent faits au Directoire du département de la Meuse et à l'Assemblée Nationale. On trouve à peine son nom dans les procès-verbaux et on ne le voit nulle part dans la liste des récompenses. Son orgueil dut cruellement en souffrir de se voir oublié, quand d'autres occupant des situations plus modestes reçurent des distinctions et des gratifications en argent (Drouet reçut 30 000 francs, son compagnon Guillaume, 10 000 francs, Bayon 20 000, et Sauce, 20 000). Il réclama et fit réclamer, mais rien ne nous prouve qu'il fût entendu. Voici une lettre écrite pour lui par les membres du directoire de Clermont-en-Argonne :
Clermont, 25 juin 1791
 
Messieurs,
 
Dans le procès-verbal qui vous a été envoyé par la municipalité de Varennes, Monsieur Louis Bigault, dit Signémont, lieutenant-colonel des grenadiers royaux du régiment de Lorraine, demeurant à Neuvilly, chevalier de Saint-Louis et servant depuis 1746, se plaint que dans ledit procès-verbal il n'a pas été fait mention que toutes les gardes nationales rendues à Varennes pour l'arrestation et conservation du Roi et de sa famille, l'avaient nommé commandant général pour veiller à la garde de sa Majesté et le conduire jusqu'à Sainte-Ménéhould, ce qu'il a effectué. Connaissant le patriotisme et la bonne volonté dudit sieur Signémont, nous lui rendons volontiers ce témoignage en vous priant de vouloir bien l'insérer dans le procès-verbal que vous pourrez être dans le cas d'envoyer à l'Assemblée nationale.
 
Les administrateurs composant le Directoire du District de Clermont :
 
Mennehand - Quivaux - L. Raux
Cependant d'autres évènements ne tardèrent pas à attirer l'attention sur sa personne. Au mois de septembre 1792, Verdun fût pris par les Prussiens, qui, de cette ville, envahirent le pays et vinrent jusqu'au-delà de Clermont-en-Argonne. L'occupation ennemie dura peu, puisqu'ils durent se retirer après la bataille de Valmy (14 octobre 1792). Mais Louis de Signémont s'était assez signalé pour être exposé à leur vengeance. Il fut pris par les Prussiens, conduit à Verdun et enfermé dans la citadelle de la place. Un mémoire adressé au Ministère raconte ainsi ses tribulations :
 
"Pour prix de son patriotisme si bien connu, il a été arrêté par les Prussiens. Son signalement était si bien donné et son nom si bien connu que quand il s'est nommé, il a été saisi tout de suite et conduit à la citadelle de Verdun, où jour et nuit, il était gardé dans sa prison par deux grenadiers prussiens, le sabre à la main; un bas officier de cette même troupe assistait toujours et goûtait son boire et manger ; on l'assurait qu'il servirait d'exemple aux soi-disant mauvais Français."
LE COMMANDEMENT A LONGWY ET A SARRELOUIS - RETRAITE DEFINITIVE
Les prussiens occupèrent Verdun pendant 43 jours seulement. Quand leurs troupes quittèrent la ville, Signémont remis en liberté réclama un dédommagement de ses peines et obtint ce qu'il avait toujours désiré : un emploi dans l'armée. Il fut nommé au commandement de la place de Longwy. Voici ce qu'il dit à propos dans le mémoire déjà cité :

"Depuis la réforme des Grenadiers Royaux, il a inutilement demandé au Ministre sa rentrée au service, d'abord comme colonel : les décrets étaient contre lui parce qu'il avait plus de 50 ans ; enfin comme maréchal de camp ; les décrets s'y opposaient parce qu'il jouissait de ce grade là comme retraite.
 
Enfin, après la reddition de Verdun, il a été assez heureux pour que le désir qu'il a montré de servir encore la patrie ait été accueilli par les citoyens commissaires de la Convention nationale et les généraux des armées de la République Française. Le citoyen Kellerman l'a employé tout de suite dans celle qui commande et l'a placé à Longwy avec une confiance qu'il ne démentira sûrement pas."

Le voilà donc enfin au comble de ses désirs, revêtu d'un commandement. Il en profite pour demander des hommes et des subsistances pour la place qu'il commande, pour faire valoir ses services antérieurs et réclamer sa pension de retraite de 3600 livres qui lui est due depuis le 1er mars 1791 jusqu'au 12 octobre 1792. Et pour l'avenir, il ajoute que "comme le plus ancien des maréchaux de camp de l'armée du centre, il espère encore n'être point oublié dans la promotion des lieutenants généraux, son patriotisme et ses malheurs lui mériteront cette grâce."

Ce mémoire est ainsi apostillé par le commissaire Roussillon :

"J'ai vu le citoyen Signémont ; je le connais ; c'est un excellent sans-culotte, qui défendra mieux la place qu'elle ne l'a étée. Je le recommande à tous les patriotes."

Longwy, le 12 novembre 1792

Le commandement de Longwy lui avait été confié par le général Kellerman, son protecteur, sur la recommandation de trois citoyens commissaires de la Convention nationale, Carra, Sillery et Prieur. "Ils m'ont donné le commandement de Longwy, dit-il, parce que ils étaient sûrs que je le défendrais. D'ailleurs, un autre décret était en ma faveur. Ils ne seront pas trompés, si l'on m'attaque."

Ce ne fût pas de ce coté qu'il fût attaqué. Sans doute, sa situation et les faveurs de ses protecteurs lui suscitèrent des envieux, car bientôt il fût dénoncé par un nommé Pacaret et destitué. Le 19 janvier 1793, le général Beurnonville, commandant de l'armée de la Moselle, reçut l'ordre de le remplacer dans son commandement de la place de Longwy, ce qui fût fait le 1er février suivant.
 
Relevé de ses fonctions à Longwy, le général de Signémont ne dût pas rester très longtemps en disgrâce ; car dès le mois d'avril 1793, nous le retrouvons investi du commandement de la place de Sarrelouis, appelée aussi Sarrelibre ; mais la lettre qui le chargeait de ses nouvelles fonctions n'étant pas assez précise, il ne veut pas déplacer le vieux général Vauleremont et c'est le 8 août seulement qu'il prête serment comme commandant en chef de Sarrelouis. Là encore de nouvelles tribulations l'attendaient. Commit-il quelques fautes dans le service ou bien fût-il dénoncé par ses ennemis pour des idées réactionnaires ? Toujours est-il qu'il tomba de nouveau en disgrâce, comme nous l'apprend le rapport suivant adressé le 29 Frimaire an III au Comité de Salut public.
 
Ce rapport porte sur ses services, sur sa détention à Verdun et sur une nouvelle détention, probablement à Sarrelibre :
 
"Le général Signémont a subi une détention d'un an sur la dénonciation du commandant temporaire de Longwy, qui, dit-il, l'avait calomnié pour avoir sa place. Mais le Comité de Salut public lui a rendu justice en le faisant remettre en liberté le 26 vendémiaire dernier."

Un certificat du général Kellerman avait aussi contribué à le faire sortir de sa prison. Voici ce qu'il dit de son protégé (archives du Ministère de la Guerre, dossier Signémont) :

"Nous Kellerman ci-devant général en chef de l'armée du Centre, attestons et certifions que le citoyen Louis Bigault Signémont, général de brigade, a servi sous mes ordres, qu'il a toujours montré beaucoup d'intelligence dans les opérations que je lui ai confiées, qu'il y a mis beaucoup d'activité, particulièrement dans la place de Longwy dont je lui avais donné le commandement.
 
Son patriotisme très prononcé l'avait fait mettre en prison à Verdun par les Prussiens, dénoncé à ceux-ci par les traîtres émigrés ; ils voulaient en faire un grand exemple ; je les ai vaincus ; j'ai repris Verdun, mis en liberté Signémont et l'ai employé de suite dans l'armée que je commandais avec l'attache de Représentant du Peuple, Prieur de la MArne, qui était alors en mission près cette armée.
 
En foy de quoi, etc, etc.....
 
Kellerman

Cette nouvelle détention dût marquer la fin de sa carrière militaire, car peu après cette date on le retrouve maire de cette commune. Sa retraite ne dura pas longtemps ; il occupait ses loisirs par des promenades et par des chasses. Le 6 fructidor an IV, son corps fût retrouvé dans la forêt d'Argonne entre Neuvilly et Le Claon, au lieu-dit les Bas-Bois. L'opinion publique accusa des déserteurs de l'avoir assassiné ; d'autres prétendirent qu'il mourût à la suite d'un accident de chasse. L'Abbé Gabriel ajoute que son cadavre fût découvert à moitié dévoré par les loups et que rapporté à Neuvilly, sa femme ne voulut point le reconnaître, ni le recevoir dans sa maison. Il fût enterré au cimetière de cette commune. Sa tombe y est aujourd'hui ignorée et son souvenir complètement perdu.